Pouvoir et pouvoirs - Période contemporaine - Relations de pouvoir entre l’Église et l’État


Pendant une bonne partie de la période contemporaine, l’Église détient une influence considérable sur les décisions prises par l’État. Déjà à la fin du Régime britannique, l’Église et l’État sont en étroite relation, une relation privilégiée que l’Église veut maintenir. Pour y arriver, l’Église utilise différents moyens. Ainsi, il n’est pas rare que l’Église intervienne au moment des élections. Par exemple, en 1871, Mgr Laflèche, qui alors est l’évêque de Trois-Rivières, rappelle à ses diocésains qu’il est important de voter pour des candidats qui défendent la religion catholique, une invitation que certains interprètent comme une consigne à voter pour le parti conservateur, plus près de l’Église que les libéraux.

À d’autres occasions, l’Église va interpeller directement le gouvernement et réclamer l’ouverture de nouvelles régions de colonisation. Pour y arriver, ils font pression directement sur le gouvernement. Un des plus farouches militants de la colonisation au 19e siècle, c’est le curé Labelle. Ses efforts sont récompensés en 1888 quand le Premier ministre Honoré Mercier lui accorde un poste équivalent à un poste de sous-Ministre au département de l'Agriculture et de la colonisation. Cette nomination lui permet de prendre des décisions qui favorisent la colonisation, qui est son principal cheval de bataille pendant toute sa vie. Plus tard, durant la Crise des années 30, l’Église conserve ce contrôle sur la colonisation de l’Abitibi. L’État laisse alors à l’Église le soin de choisir les colons qui iront s’y établir dans la nouvelle région de colonisation.

Une autre revendication importante de l’Église, c’est le contrôle de l’Éducation. En 1875, Charles-Eugène Boucher de Boucherville, le Premier ministre du Québec, est conseillé par des évêques et prend la décision d’abolir le Ministère de l’Instruction publique et de céder le contrôle de l’éducation à l’Église. Le gouvernement de Félix-Antoine Marchand tente bien d’en recréer un à la fin du 19e siècle, mais cette tentative avorte grâce aux pressions que fait Mgr Bruchési sur le conseil législatif. Cependant, en 1960, Jean-Paul Desbiens, lui-même un religieux, publie les Insolences du Frères Untel. Dans ce best-seller, il critique la qualité de la langue au Québec – mais aussi par le fait même le Département de l’Instruction publique qui est contrôlé par le clergé. En 1964, malgré les protestations de plusieurs évêques, le Ministère de l’Éducation est créé, ce qui confirme la reprise de contrôle de l’éducation par l’État. Pour réussir ce tour de force, l’État a dû offrir à l’Église de maintenir le caractère confessionnel de l’enseignement public. Il va le demeurer jusqu’au tournant des années 2000.

Un autre effet de la relation de pouvoir entre l’Église et l’État, c’est le retard que prend le Québec quant aux droits des femmes. Dès 1918, les femmes obtiennent le droit de vote au fédéral. Au Québec, l’Église est réfractaire à la participation des femmes à la politique et mettra tout le poids de son influence pour que le gouvernement en retarde l’application. Maurice Duplessis, au pouvoir à la fin des années 30, refuse lui aussi d’accorder le droit de vote aux femmes, même si toutes les autres provinces du Canada l’ont pourtant déjà accordé. Il faut attendre le gouvernement d’Adélard Godbout, pour que les femmes puissent exercer leur droit de vote au niveau provincial, en 1940.Pour influencer les décisions de l’État, l’Église va aussi jouer un rôle très actif dans le monde du travail. Bien qu’elle soit au départ réfractaire au mouvement syndical, elle change d’avis au début du 20e siècle et collabore à la fondation de nombreux syndicats catholiques, qui lui permettent de garder son contrôle social. Le plus connu de ces mouvements syndicaux, c’est la C.T.C.C. Pendant la Crise des années 30, l’Église tente d’amener l’État à voter des lois pour améliorer les conditions de vie des plus démunis, et réclame, par exemple, un salaire minimum. Dans certains cas, elle va aller jusqu’à soutenir certaines grèves ouvrières. Par exemple, pendant la grève de l’Amiante, à Asbestos, l’archevêque de Montréal, Mgr Charbonneau, va donner son appui ouvertement aux grévistes. Ce soutien, plutôt inhabituel de la part d’un membre aussi influent du clergé, lui coûtera son poste.

Jimmy Grenier

Enseignant au secondaire depuis une dizaine d'années, j'utilise ce site pour donner aux élèves un outil supplémentaire pour favoriser leur apprentissage.

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